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Krach boursier octobre 2008

chewbacca, 10 octobre 2008, 3 946 visiteurs
Categories: Economie - Tags: ,

Je n’ai pas envie de me lancer dans une explication qui de toute façon ne peut jouer sa pertinence que sur des intérêts privés, contradictoires.

J’aime cette crise parce qu’elle oblige le réel à reprendre une place que l’homme adore consacrer au virtuel. Une phénoménologie nous autorise toujours à penser un monde dans lequel c’est la volonté de puissance qui érige le voulu comme vrai, c’est aussi ce qu’est parvenu à créer le monde de la finance de façon prospère depuis 40 ans.

Le Crach boursier d'octobre 2008 est un simple Game Over provisoire, nous avons d autres vies !

Le Krach boursier d octobre 2008 est un simple Game Over provisoire, nous avons d autres vies!

Le réel naturel n’est pour l’homme qu’un espace fini qui ressemble trop à sa propre finitude alors que la finance et toutes les nouvelles virtualités emportent l’imagination et toutes ses extensions, avec la légitimité du « pragmatisme ». Là, Octobre 2008, certains spéculateurs professionnels, à qui les entreprises avaient confié une importante partie de leurs risques (le partage de risque, c’est la nature même de l’entreprise et du principe de collaboration, il ne faut pas s’en offusquer) s’aperçoivent que la confiance placée entre leurs mains d’experts était disproportionnée par rapport à la fin visée : le développement maximum et la pérennité maximum. Un paramètre a été négligé. C’est comme les mecs qui se dopent en courses parce que pour rester dans la compétition ils doivent duper le « système » que d’autres osent faire faillir pour gagner et se faisant gagnent – ça s’appelle de la triche – et c’est la réussite de l’erreur qui entretient bien-sûr tout système pervers. La « solidarité » des éléments du système rend systémique l’erreur. Or le système est international et l’erreur consiste à placer un excès de confiance dans le virtuel. On est proches de la dialectique du maître et de l’esclave au niveau international sous forme de délégation de la population active vers la population spéculante : c’est celui qui prend le plus de risques qui a les meilleurs chances de prendre les plus hauts pouvoirs.

La fièvre engendrée par cette situation n’est pas nouvelle. Elle a l’habitude de créer de très fortes inégalités entre la capital et le travail, de vider tout le sens du réel pour gonfler celui de l’irréel et finalement tout le monde ou presque parvient à s’en accommoder tant que certains chiffres paraissent à l’avantage du plus grand nombre et donc sont politisables : taux de croissance, chiffres du chômage, nombre de sociétés créées, etc.

L’économie moderne ressemble au monde moderne parce que les deux relèvent d’un ordre anthropomorphique bien que celui-ci reste paradoxalement étranger à la culture de l’homme.  L’homme ne sait pas où est le vrai, mais il semble trouver le réel si décevant qu’il veut renoncer à croire que le vrai  peut s’y trouver pour lui substituer l’un des fruits de son imagination, une virtualité où l’absurde a toute sa place. Tout est virtuel : je suis infidèle à ma femme mais virtuellement je lui suis fidèle car c’est l’idée que je m’en fais qui compte (non, vous ne connaissez pas ce raisonnement ? Essayez c’est pas mal), je dépense de l’argent à crédit car virtuellement il est à moi car j’envisage de le gagner, on peut faire n’importe quoi quand on est n’importe qui parce que demain on sera morts, et ainsi de suite. Ce qui est étonnant, c’est que l’homme semble avoir la capacité d’aller au devant de sa nature, d’anticiper ses projets imaginaires et de s’y inscrire vraiment, il n’y a qu’une chose qu’il semble définitivement ne pas vouloir prévoir : l’erreur du système, un grand bugg général. On joue de perfectibilité chaque jour pour motiver l’histoire et on ôte la conscience de la faillibilité dans l’acte. Ben oui, c’est qu’une virtualité qui s’érige en ordre mondial non par droit mais par fait par purs intérêts spéculatifs et en dehors de la banale logique de la survivance, c’est quand même une immense tour de Babel construite sur du sable. C’est ainsi que l’on se sent vivre, car c’est la nature de la nature d’exister sans fin, lorsque nous vivons de telle façon que l’apparence imite le sensé et que le fond est adéquat à sa nature folle. Nous avions envie de cette crise, nous l’attendions et nous réjouissons tous d’être les démiurges d’une mini fin du monde. Et par dessus-tout, nous nous faisons une gloire de pouvoir nous plaindre de cet état de fait, comme si la fine pellicule de liberté qui enrobe chaque tropisme (et rien d’autre) était un poids. Et si ces couilles-molles de spéculateurs parvenaient demain à faire entièrement faillir le monde pour l’entraîner rapidement vers sa destruction, que certains appellent naïvement « un nouvel ordre mondial », nous ne devrions que nous en réjouir, parce que ce qui nous rend gais dans tout ça, c’est que ça reste une œuvre humaine et absurde. Un ordre d’un autre ordre signifierait la disparition totale de l’homme.

En France, la crise la plus perceptible est celle de l’immobilier, où nous subissons notamment une impasse similaire à celle des subprimes américains : les emprunteurs qui ont contracté des crédit-relais (« prêt-relais ») pour financer leur résidence principale en pariant sur la vente de leur bien pour financer le nouveau. Arrivé à expiration, le délai de revente étant passé, la banque est en droit de réclamer le remboursement immédiat du prêt relais alors qu’aucune proposition d’achat ne se profile. De nouveaux services, tels les servissimes, reposent entièrement sur cette détresse et proposent aux particuliers qui se sont mis dans l’impasse de racheter leur bien immédiatement. Un truc de ouf encore qu’on avait pas vraiment vu venir…


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